19.02.2020

Passage à la retraite et niveau de vie, les perdants et les gagnants 

Etude INSEE sur l'évolution du niveau de vie (2010 à 2016)

En étudiant les revenus sur six ans des 758 000 personnes parties à la retraite en 2013, l’INSEE a réalisé une étude permettant d’apprécier l’évolution du niveau de vie d’une large cohorte. 

 

Ces nouveaux retraités avaient, en moyenne 62 ans et 9 mois pour les femmes et 61 ans et 8 mois pour les hommes. En 2013, l’année de leur départ, les nouveaux retraités avaient en moyenne un niveau de vie annuel de 29 300 euros (27 800 euros pour les femmes, 31 200 euros pour les hommes). Entre 2010, trois ans avant leur départ à la retraite, et 2016, trois ans après leur départ, leur niveau de vie moyen a baissé de 7,9 %. La baisse est plus forte pour les hommes (9,1 %) que pour les femmes (6,9 %)

Les années qui précèdent la retraite

Au cours des deux années qui précèdent le départ à la retraite, le niveau de vie moyen des nouveaux retraités de 2013 baisse de manière continue du fait qu’un certain nombre d’entre eux sont au chômage. Au cours de cette même période, les personnes sont un peu plus souvent au chômage : 11 % perçoivent des allocations chômage d’un montant supérieur à 500 euros par mois trois ans avant le départ à la retraite, contre 14 % l’année qui précède ce départ. 

après le départ à la retraite

Trois ans après leur départ à la retraite effectué en 2013, 56 % des personnes ont un niveau de vie inférieur à celui qu’elles avaient en 2010. Entre 2010 et 2016, le niveau de vie baisse de plus de 10 % pour 42 % des nouveaux retraités. Pour 32 % des nouveaux retraités, la hausse dépasse 10 %. Elle concerne surtout des personnes qui disposaient initialement des ressources les plus limitées. Les pensions de retraite sont en moyenne inférieures aux revenus d’activité perçus trois ans avant le départ à la retraite. 

Le cumul emploi et retraite

Trois ans après leur départ, 15 % des retraités cumulent pension et revenus du travail. Au fur et à mesure que l’année de départ s’éloigne, le nombre de retraités cumulant emploi et retraite diminue.

 

Un an après le départ à la retraite, 30 % des nouveaux retraités perçoivent des revenus du travail, mais seulement 15 % trois ans après leur départ. Ces revenus sont souvent faibles. La proportion des nouveaux retraités percevant des revenus du travail supérieurs à 500 euros par mois est, en effet, nettement moins élevée (12 % un an après le départ à la retraite et 7 % trois ans après). Le niveau de vie des retraités qui cumulent leur pension de retraite avec des revenus du travail supérieurs à 500 euros par mois trois ans après leur départ augmente entre 2010 et 2016 (+ 7,6 % pour les femmes, + 4,3 % pour les hommes), alors qu’il baisse pour ceux qui travaillent peu ou pas (– 7,9 % pour les femmes, – 11,4 % pour les hommes).

 

Ainsi, en 2016, trois ans après leur départ à la retraite, le niveau de vie moyen atteint 39 420 euros pour les femmes et 49 180 euros pour les hommes qui cumulent des revenus du travail au-delà de 500 euros par mois, contre 25 340 euros pour les femmes et 25 720 euros pour les hommes travaillant peu ou pas.

 

Le cumul emploi /retraite est le fait des diplômés. Ainsi, 22 % des retraités diplômés de l’enseignement supérieur cumulent un revenu du travail et une pension de retraite contre 11 % des retraités qui n’ont pas de diplôme.

Les dispositifs de solidarité, réducteurs importants d’inégalités

Entre 2010 et 2016, l’évolution du niveau de vie des nouveaux retraités de 2013 est très différente selon leur niveau de vie de départ en 2010.

 

Le niveau de vie moyen des personnes appartenant aux 10 % les plus modestes trois ans avant leur départ à la retraite (premier décile de niveau de vie) augmente de 69 % entre 2010 et 2016. En 2010, leurs revenus d’activité annuels s’élevaient en moyenne à 3 500 euros et leurs allocations chômage à 1 700 euros, tandis qu’ils percevaient en moyenne une pension de retraite annuelle de 10 000 euros en 2016. Faible en 2010 (8 800 euros en moyenne), leur niveau de vie annuel augmente donc fortement.

 

A contrario, le niveau de vie des personnes appartenant aux 10 % les plus aisées (dernier décile) baisse de 27 %. En 2010, leurs revenus d’activité annuels s’élevaient en moyenne à 61 700 euros et leurs allocations chômage à 1 700 euros, tandis qu’ils percevaient en moyenne des pensions de retraite de 33 250 euros en 2016.

 

Ces différences reflètent ainsi des situations contrastées sur le marché du travail. Cette situation résulte des modalités de calcul des pensions. Le taux de remplacement (ratio pensions/derniers revenus d’activité) est plus élevé pour les personnes à revenu modestes que pour les personnes à hauts revenus. La pension du régime général ne peut pas dépasser 50 % du plafond annuel de la Sécurité sociale.

 

Les personnes à faibles revenus bénéficient du minimum contributif voire du minimum vieillesse. Les personnes du premier décile de niveau de vie sont plus exposées au chômage avant de prendre leur retraite que les personnes les plus aisées. Seules 37 % d’entre elles percevaient des revenus du travail en 2010 contre 85 % des individus du dernier décile. De ce fait, l’écart de niveau de vie entre les 10 % des personnes les plus aisées et les 10 % les plus modestes se réduit après le départ à la retraite.

 

Le niveau de vie moyen des 10 % des personnes les plus aisées, qui était 8,9 fois plus élevé que celui des 10 % des personnes les plus modestes trois ans avant le départ à la retraite, ne l’est plus que de 3,8 fois trois ans après le départ à la retraite. Le niveau de vie moyen diminue davantage pour les plus diplômés. Il baisse de 11 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur entre les trois années qui précédent le départ à la retraite et les trois années qui le suivent, alors que celui des non diplômés baisse de 3 %.

  Le taux de pauvreté baisse avec le passage à la retraite 

Trois ans avant leur départ à la retraite, 10 % des nouveaux retraités de 2013 ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté. Ils sont 7 % dans cette situation trois ans après leur départ, alors que le taux de pauvreté est de 14 % au niveau national en 2016

 

Parmi les personnes pauvres en 2010 parties à la retraite en 2013, 63 % le sont toujours trois ans après leur départ. Peu de personnes basculent, en revanche, dans la pauvreté après la retraite. Cela ne concerne que 3 % des nouveaux retraités.

 

En moyenne, les personnes qui ont liquidé leur retraite en 2013 ont donc un niveau de vie plus bas en 2016 qu’en 2010. Pour autant, le niveau de vie des retraités reste en moyenne supérieur à celui de l’ensemble des actifs mais il est inférieur à celui des personnes d’âge actif ayant entre 50 et 64 ans.

 

Les diplômés de l’enseignement supérieur et les cadres connaissent une baisse de leur niveau de vie qui est compensée en partie par la possibilité de bénéficier d’un cumul emploi/retraite. Ce dernier point contribue au sentiment de baisse du pouvoir d’achat qui ressort au sein des différentes enquêtes d’opinion.

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